Les principes

無為而無不為

D’une manière générale, les principes sont les lignes directrices qui sont données dans les classiques du tai chi chuan et quelques autres textes chinois de la même période. Dans la plupart des cas, l’idée racine est celle de 無為,  wú wéi. Wú wéi est une forme abrégée de l’expression 无为而无不为, wú wéi ér wú bú wéi, qui pourrait être traduite par: Une sage inaction prépare la voie à des actions efficaces.

Album sur l'eau, feuille 2, encre sur soie de 馬遠 Ma Yuan﹝1190 ~ 1255﹞, Musée du Palais de Pékin

Il y a deux façon d’appréhender comment le monde fonctionne. On peut mettre l’accent sur le fait qu’il y a un agent qui agit sur les objets, cette action est perçue de l’extérieur. Le monde et ses événements, selon cette explication, sont vus sculptés ou assemblés par un agent. Ou on met l’accent sur le processus: une graine qui devient un arbre,par exemple, les choses viennent au monde, en exprimant leur propre nature, c’est une perception interne.

Se désengager par rapport à des formes et à des ordres de choses durables et préconçus est un acte positif.
Cela fait partie du refus de continuer à esthétiser la forme et à la traiter comme une fin prescrite.
– Robert Morris, in l’Art minimal

Dans le tai-chi-chuan on ne se presse pas. Se presser est une façon d’exécuter la forme rapidement, de manière à pouvoir passer à autre chose. Faire la forme de cette manière c’est agir de l’extérieur sur quelque chose. Il s’agit au contraire de prêter attention à l’acte complet qu’est celui de faire la forme, à ce qui permet que les mouvements soient une conséquence indirecte du fait de libérer les tensions, de ne pas faire, c’est effectuer la forme en agissant comme si la forme se déroulait en exprimant sa propre nature.

Etre au monde, en mettant l’accent sur les processus, sur le voyage , plutôt que sur le but, les objectifs à atteindre, est est tout simplement une façon de vivre moins autodestructrice et plus enrichissante.

Le taï-chi-chuan est un art dans le sens le plus profond du terme. Esthétiquement, il est comparable à une sonate de Bach ou un son-net de Shakespeare. Cependant, ce n’est pas un art orienté vers un public, mais un art pour son acteur : l’observateur, touché par sa beauté, ne peut que présumer de son contenu. L’expérience de la forme en train de changer en fait un art pour soi.
– Sophia Delza, maître de danse et de tai-chi-chuan

Le tai-chi-chuan peut nous permettre de trouver une alternative à notre propension à opposer la force à la force. Cela se manifeste dans la façon dont on pratique la forme. Si, par exemple, on se déplace d’une posture à l’autre en poussant avec les jambes pour déplacer le torse, on fait la forme. Si on se déplace de posture en posture en relâchant toutes les tensions qui nous tiennent à l’écart de la prochaine posture, alors la forme se fait. Si on bouge ses bras pour réaliser la position des bras dans la posture suivante,on fait et on est divisé. Si on laisse les bras effectuer le chemin jusqu’à la position suivante alors ils nous enseignent comment agir unifié.

La pratique demande de calmer son esprit (静 jìng), d’apaiser son souffle et de concentrer son attention. Le relâchement (鬆 sōng ), qui est sans limite, procuré par la détente des articulations, permet de réaliser l’horizontalité des déplacements (平 píng). La recherche de la moindre utilisation de la force musculaire permet de trouver stabilité (穩 wěn ) et légèreté (輕 qīng).

Médiagraphie