Eaux

水圖卷

shuǐ tú juǎn

Pour l’occident, le paysage chinois n’a longtemps eu qu’un seul visage : celui qu’il a pris sous la dynastie des Song du Sud (1127-1279) et qui a trouvé son expression la plus accomplie dans l’œuvre de Ma Yuan et de Xia Gui.

馬遠 Mǎ Yuǎn (1190 ~ 1255) appartient à une famille d’artistes : son père Ma Shirong, son grand-père et son arrière-grand-père ont tous fait partie de l’académie de peinture. Ma Yuan, pour sa part est actif à l’Académie de Hangzhou à partir de 1190, sous les règnes des empereurs Guangzong (1189-1194) et Ningzong (1194-1224); il semble qu’il en fasse encore partie au commencement du règne de Lizong (1224-1264).

Art sentimental et subjectif, il substitue la partie au tout, suggère d’un pinceau nerveux et elliptique une réalité fragmentaire et momentanée, sensible à l’impermanence des choses et rompant, à dessein, l’équilibre serein des forces naturelles pour un contenu émotionnel plus intense.

Composition d’une brillante ingéniosité, généralement en diagonale, appuyant toute la peinture sur un angle, usage expressif des vides, formalisation schématique et économie des signes chargeant ceux-ci du maximum d’intensité, cadrages asymétriques, coupures, litotes ; dans ses peintures, le pinceau s’arrête à mi-course tandis que l’idée atteint son plein développement.
– Pierre Ryckmans

La nature domestiquée, civilisée et purifiée de tous ses aspects inquiétants ou effrayants, alors que les personnages semblent éprouver un sentiment de sécurité intime et de bien-être. Curieusement, l’atmosphère rêveuse et contemplative délibérément recherchée est en contraste avec la violence certaine des coups de pinceau larges, angulaires et tranchants, du type coups de hache (pifucun), dérivé de Li Tang et porté ici à son point de perfection9.

Cette technique rigoureuse permet à Ma Yuan d’échapper aux embûches de la sentimentalité, dès lors que la verve de son pinceau parvient à déjouer l’emphase creuse de recettes trop infaillibles.

Médiagraphie