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Dominique Clergue

Professeur de tai chi chuan et de qi gong. Fondateur de l'école Nuage~Pluie à Villefranche de Rouergue.

La mémoire et la mer

Nous sommes qui nous ne sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l’ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l’espoir qui se brise perpétuellement dans l’obscurité, avec un bruit sourd d’écume résonnant dans les profondeurs!
Combien de larmes pleurées par ceux qui obtenaient, combien de larmes perdues par ceux qui réussissaient ! Et tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, est devenu pour moi le secret de la nuit et la confidence de l’abîme.
Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer! Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d’exister, sur ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l’émotion en marées hautes !
– Fernando Pessoa in Le livre de l’intranquillité

Portrait de Maggie Newman

Maggie Newman

Maggie Newman, est une élève du professeur Cheng Man Ching, pratique l’épée du tai-chi-chuan sur un toit de New York. Les tours jumelles sont toujours debout en arrière-plan. Maggie possède le gōngfu de l’épée collante du professeur, contrôlant le corps entier de l’adversaire par un touché de quatre onces de l’épée, même en avançant, la pression de contact n’augmente pas.

Yin Yang: La dynamique du monde

Extrait

Yin et Yang sont deux types de stratégie, ce qui rend ridicule la conception du Yin comme « passif ». La stratégie Yang privilégie l’action, la stratégie Yin privilégie le temps. La stratégie Yang fonctionne sur une concentration de forces en un point et en un lieu, c’est une stratégie d’attaque. La stratégie Yin, qui joue sur une dilution des forces sur un large espace et un long temps, est une stratégie de défense. Pour expliquer l’apparente contradiction entre ces deux stratégies, les Chinois utilisent l’image de la lance et du bouclier. L’efficacité de la lance tient au fait que son extrémité est pointue ; elle concentre toute sa force en un point. L’efficacité du bouclier tient à sa surface. L’un comme l’autre sont nécessaires :  si l’on ne dispose que d’une lance ou que d’un bouclier, on est plus vulnérable que si l’on a les deux en main. Et le Yi Jing nous apprend qu’au final, la stratégie Yin est plus efficace que la stratégie Yang. Lao Zi le dit lui aussi au chapitre 78 du Dao De Jing : « Le faible vainc le fort, le souple vainc le dur. Nul ne l’ignore ; qui le pratique ?

Dans le Yi Jing, la stratégie Yin est deux fois plus souvent conseillée que la stratégie Yang. L’exemple le plus démonstratif de ce choix global est une indication mantique, 征 zhēng, un mot formé de , un des signes de la marche, et de zhèng qui ici a le sens de « régulariser ». L’ensemble désignait à l’origine une expédition militaire punitive destinée à ramener l’ordre dans une province rebelle. Ce conseil, rendu en français par « expédition », dans le sens moderne d’entamer un processus brutal, « expéditif », de remise en ordre d’une partie de soi-même qui échappe au contrôle, est cité dix-huit fois dans le texte canonique. Mais sur ces dix-huit occurrences de ce conseil très Yang, le Yi Jing conclut douze fois (deux fois sur trois) que c’est la mauvaise méthode à employer en la qualifiant par l’appréciation mantique « fermeture ». Et cette proportion se retrouve à l’identique dans l’hexagramme où ce conseil apparaît le plus souvent, l’hexagramme 49 RÉVOLUTION où il est cité trois fois : même dans le cadre d’une refondation totale du contrat social, la recommandation de rétablir brutalement l’harmonie est deux fois déconseillée et une seule fois conseillée. La raison tient au fait que, pour répondre à une agression verbale ou physique, on n’a pas besoin des conseils du Yi Jing puisqu’il s’agit d’une réaction immédiate, primaire : on vous insulte, vous répondez par une insulte ; on vous frappe, vous répondez par un coup ; on vous pousse, vous poussez l’autre. Seulement, pour gagner dans ces cas-là, il faut être plus fort. La stratégie Yin, en revanche, est secondaire, réfléchie : on vous pousse, vous reculez et l’autre tombe sous l’effet de sa propre force ; mais elle est plus difficile à mettre en oeuvre. L’idée sous-jacente est qu en fin de compte, c est toujours le Yin qui gagne. Mais si le Yi Jing insiste sur ce conseil, c’est parce que nous avons tendance à ne considérer que la stratégie Yang. Nous sommes tous, hommes comme femmes, du côté du Yang, parce que nous sommes vivants, chauds, mobiles, la stratégie Yin qui exige de reculer, de se maîtriser, d’intérioriser doit être constamment réapprise. Par contraste, les six occurrences du texte canonique qui préconisent une stratégie Yang sont des situations où l’on aurait eu tendance à traîner des pieds : pour ne pas se laisser paralyser par l’incertitude, la stratégie optimale consiste alors à agir de manière ferme et efficace.

Yin Yang: La dynamique du monde

  • Auteur :  Cyrille J.-D. Javary
  • Editeur : Albin Michel

Présentation

« Yin-Yang » est le nom donné en chinois au fonctionnement de tout le vivant. Cette unité changeante, ce mouvement incessant, cette danse de tout l’univers se dit en un seul mot. Or, en français comme dans toutes les langues occidentales, « Yin » et « Yang » sont deux mots. Voilà où commence le quiproquo.
Avec le talent narratif et pédagogique qui a fait le succès de ses nombreux livres, Cyrille Javary nous introduit dans l’esprit chinois à travers cette clé essentielle : « Yin » n’est pas plus une entité que « Yang », ils n’ont pas d’existence propre. Car l’hiver n’est pas « l’hiver », mais ce qui deviendra l’été, avant de redevenir hiver… Chacun est le futur et le passé de l’autre, sans qu’on puisse leur attribuer une substance, une quelconque fixité.
S’il heurte toutes nos habitudes de pensée, ce genre d’énoncés peut nous conduire à une compréhension plus subtile du monde, et nous aider à mieux aborder les problèmes que nous rencontrons. Ainsi que l’écrit Danielle Elisseeff dans sa postface, « cet ouvrage opère une petite révolution. Tout se passe comme s’il parvenait à déplacer le curseur de nos perceptions et de nos émotions… » À travers mille exemples concrets, l’auteur nous entraîne dans un passionnant voyage dans le temps, jusqu’à l’aube du néolithique…

Cyrille J.D. Javary

Portrait de Cyrille Javary

Ecrivain et conférencier, formateur en entreprise, Cyrille J.D. Javary est un « passeur d’Asie ». Peu de Français connaissent comme lui la Chine où il s’est rendu plus d’une cinquantaine de fois pour ses recherches sinologiques mais aussi comme accompagnateur de voyages. Sa passion est née du Yi Jing, dont il a publié une traduction chez Albin Michel en 2002, rééditée en version brochée en 2012.
Il a également publié chez Albin Michel Le Discours de la tortue, 100 Mots pour comprendre les Chinois et Les Trois Sagesses chinoises.

Céder

Traduction de l’article Yielding de Radhasri. Il concerne le yoga mais il pourraît s’apliquer tout au tant au qi gong ou au tai-chi-chuan.

Les conducteurs apprennent à céder à la circulation et à s’arrêter si nécessaire. Fusionner, c’est permettre à ce qui coule déjà de prendre le pas sur notre désir de continuer comme souhaité. Les deux nécessitent une adaptabilité et des compétences. Si nous imposons nos croyances et nos désirs et ne voyons pas clairement ce qui se passe réellement, nous bloquons la voie. Nous risquons de ne pas répondre de manière appropriée à la réalité et, par conséquent, de provoquer un embouteillage ou un accident. Quiconque a conduit en Inde comprendra la grande importance d’une réponse rapide et correcte sur la route!

Le concept de rendement peut être un bon conseil pour la vie en général et peut également être appliqué à notre pratique du yoga. Des principes similaires sont nécessaires dans le yoga, en particulier lorsqu’on arrive à des stades avancés du Pranayama , à la limitation du souffle et à l’idée de Laya , à la fusion et à l’absorption avec la Conscience Suprême . Cependant, dès le début, nous travaillons avec notre respiration et notre posture et pouvons remarquer notre tendance à nous effondrer ou à nous forcer à nous redresser. Les deux obstruent et limitent. Nous passons tous de l’un à l’autre à certains degrés et dans différentes zones du corps. Notre travail consiste à trouver la neutralité ou le lieu de production.

Soutenir, céder, s'effondrer, Radhasri

Soutenir, céder, s’effondrer. Notez la position du cœur (feu) et des reins (eau) et la différence de regard.

J’ai d’abord appris ces trois termes tout en étudiant avec Donna Farhi il y a 18 ans. À ce jour, Soutenir, S’effondrer et Céder apparaissent toujours dans mes observations quotidiennes sur moi-même, les élèves et tous ceux que je rencontre en général.

Soutenir se réfère à un gonflement de nous-mêmes, une levée du cœur dans la gorge et gonfler la poitrine et les côtes, la mâchoire ou le visage. Sa direction est ascendante et externe et peut donner une impression de puissance, de grande vigilance, de confiance excessive, d’arrogance ou d’ostentation. C’est une position imposante et forcée qui, à l’extrême, est utilisée pour induire la peur et faire preuve de force et d’autorité.

S’effondrer se réfère à un naufrage, a une orientation vers le bas et vers l’intérieur du cœur et révèle un lourd fardeau, un manque de confiance en soi, un sentiment de deuil ou un sentiment d’abandon. La vie est trop difficile à supporter ou elle nous a été aspirée. C’est la position de défense et de protection d’une victime. Cela peut aussi montrer un sentiment de faiblesse, d’absence de résilience ou de fragilité par rapport à la force brute et à la fermeté dans le déploiement du soutien. Nous sommes tous victimes de la gravité et presque tout le monde rétrécira, s’affaissera et se fanera avec l’âge. Beaucoup de ceux qui travaillent à un bureau, sur un ordinateur ou jouent d’un instrument de musique développent un enfoncement de la poitrine et des épaules arrondies.

L’un est extraverti, l’autre introverti. On en prend plus que nécessaire, l’autre pas assez. L’un est gonflé, l’autre dégonflé. L’un a la respiration dans la poitrine, l’autre dans le ventre. L’une est l’inhalation dominante, l’autre l’exhalation dominante. L’un apparaît dur et léger tandis que l’autre est doux et lourd. L’un est en surcompensation, l’autre a abandonné avant d’essayer. Il peut s’agir de sur-performants instables ou émotionnellement instables, les autres de sous-performants déprimés et mélancoliques. L’un est connu pour faire les règles et l’autre pour les suivre. Mais est-ce vraiment le cas? On peut sembler autoritaire ou dominant, mais l’autre peut être rigidement dogmatique et aime avoir des règles.

Un «résistant» peut être plus doué sur le plan sportif, mais un «réceptif» peut être plus spirituel. L’idée est d’inviter les deux manières avec modération. Nous ne voulons pas que nos ambitions énergiques nous amènent à des dommages ou à des blessures, et nous ne voulons pas non plus que nos faiblesses et nos insécurités nous empêchent de faire avancer les choses.

Un «réceptif» devra se maintenir pour résister à l’effondrement. Un «résistant» devra s’adoucir, faire confiance et se détendre. Les deux sont fatigants et compromettent les organes internes, la respiration et la colonne vertébrale. Les deux empêchent tout ou personne d’entrer, tous deux cachent quelque chose, tous deux masquent la réalité. Les deux essaient de se tenir à l’écart de la structure extérieure et tous deux devront trouver un support interne. Tout comme il est beaucoup plus facile et plus rapide de démolir quelque chose que de le construire, cela peut prendre au moins deux fois plus de temps pour qu’un «réceptif» développe la force et le soutien dont il a besoin.

potentiel d’effondrement, Radhasri

Mon mari a insisté pour que je montre tout mon potentiel d’effondrement

Toute notre vie est une danse entre les deux faces d’une même pièce. Nous devons être en mesure de nous défendre et d’affronter, si nécessaire, mais aussi de savoir quand nous devons reculer et choisir nos combats. Une pratique du yoga aide à établir un pont entre ces polarités et ouvre la voie à une existence plus équilibrée, plus stable sur le plan émotionnel.

Céder se réfère à l’endroit neutre qui réside entre résistance et effondrement. C’est le support interne qui maintient l’intégrité de la colonne vertébrale et des organes internes et permet la liberté de la respiration. C’est la confiance et la foi que l’on développe mentalement et émotionnellement. Aucune préférence prise, aucune menace persistante, aucune infraction ou défense nécessaire. Un flux fluide de calme sans obstruction dans la respiration, le corps et l’esprit. Une fusion avec le don du dessin naturel, une union avec notre environnement. Moins d’effort est requis dans cet espace. Le céder peut être ferme mais peut se plier sans se casser. L’adaptabilité est la clé.

Nos postures corporelles ont été construites comme des mécanismes d’adaptation basés sur l’histoire des événements qui ont inondé nos vies, nos constitutions inhérentes, ainsi que l’imitation initiale des postures de nos parents. Nous pouvons basculer à des moments différents entre les deux mais nous en aurons toujours un qui est plus naturel et qui domine qui nous sommes et comment nous avons survécu à notre vie jusqu’à présent. C’est comme cela qu’on peut être reconnu en marchant dans la rue par ceux qui nous connaissent. Ils voient notre démarche, notre posture et nos manières qui de sont ancrées et qu’il nous est difficile de changer.

En tant qu’enseignants, nous observons la variété des postures qui entrent dans le studio. Il est important de ne pas essayer de les changer rapidement. Nous ne savons pas ce qui se cache sous cette colonne vertébrale. De nombreuses histoires sont dévoilées au fil du temps sur la façon dont cette personne en est venue à une telle posture et nous ne pouvons pas nous précipiter pour les juger ou les leur faire perdre rapidement.

Une vie d’abus peut amener quelqu’un à s’effondrer sous la pression, mais cela peut tout aussi bien créer un bouclier de protection. Il peut y avoir un petit garçon effrayé se cachant derrière des muscles sur-développés et une poitrine gonflée, tout comme il peut y avoir une femme enragée coincée à l’intérieur d’une cavité creuse et une attitude calme. Le soutien peut être une tentative de cacher un véritable effondrement. L’effondrement peut être une méthode pour se tourmenter et résister obstinément à s’exprimer.

Il ne doit pas nécessairement y avoir un grand drame traumatique. Les enfants peuvent grandir très tôt et on ne leur a jamais appris à ne pas se laisser aller en mangeant ou en interagissant avec des amis plus petits. Nous pourrions avoir subi des blessures ou des maladies. Nous pouvons travailler dans un métier ou jouer à un sport à sens unique qui cause une distorsion. Ou nous avons simplement fait de mauvais choix dans nos meubles. Nous ne savons tout simplement pas et nous devons permettre à l’étudiant d’arriver à ces conclusions en son temps. Évitez de vous précipiter sur des suppositions à propos de quiconque en fonction de leur apparence et de leur posture avant de connaître l’histoire de leur vie.

Aller lentement est essentiel. Nous ne voulons pas réveiller un dragon endormi avant que l’élève ne soit prêt et prêt à débloquer ce trésor caché. En nous concentrant sur les exercices de base et en observant notre respiration et notre posture, nous serons inévitablement amenés à découvrir des problèmes beaucoup plus profonds. Mais c’est à l’élève de suivre la profondeur de ces océans et ce n’est pas le rôle de l’enseignant. Si un élève est incapable de reconnaître quelque chose, il n’est pas prêt ou disposé à le faire. Point final. Ce n’est pas le travail de l’enseignant de faire autrement. Pousser un élève à le laisser tomber et à passer son «bagage» risque de le perdre en tant qu’élève ou, pire encore, de le quitter complètement.

Les histoires ne sont que des histoires et les souvenirs sont inexacts et peu fiables. En nous concentrant sur la tâche à accomplir, comme une fente, nous gardons le travail détaillé nécessaire dans le temps présent. L’activité physique est déjà assez difficile et nous pouvons rapidement être confrontés à nos blocages. Mais ces restrictions résident généralement dans la perception de notre esprit. Le vrai yoga est mental, traitant de nos maux, de nos douleurs, de nos peurs, de nos paniques, de nos ambitions, de nos comparaisons, de nos plaintes, de notre estime de soi et de nos problèmes de confiance. Ces problèmes plus complexes seront traités progressivement et seulement une fois que l’étudiant sera prêt et disposé à s’exposer en s’ouvrant, en partageant, en posant des questions et en s’impliquant dans le processus d’apprentissage.

Les fentes ci-dessus sont finis de manière soutenue. Notez la levée de la poitrine et la tension du visage. Les côtes et les reins sont poussés vers l’avant, les épaules et les bras sont coincés en arrière, ce qui provoque la compression et la fermeture des omoplates de la colonne vertébrale supérieure et du dos du cœur. Un rendement plus neutre est montré ci-dessous où les jambes supportent le poids, les hanches coulent, le visage se détend et le cou s’allonge avant de placer la tête en arrière. Les bras restent alignés et les omoplates ne compromettent pas l’intégrité de la colonne vertébrale, du cœur ou des poumons. Photos: Sonia Osorio

Certains élèves viennent en classe non pas pour apprendre mais pour s’échapper. Ils sont tout à fait satisfaits de rester silencieux, de se cacher et de suivre les instructions à l’aveuglette, rentrant chez eux plus sage. Un enseignant doit attendre qu’ils s’engagent ou que les deux gaspillent de l’énergie. Des problèmes peuvent survenir lorsque les étudiants ne sont pas honnêtes et ne partagent pas des informations pertinentes telles que des blessures, des maladies ou des pertes. Un enseignant qualifié peut être capable de voir un problème mais ne peut pas en comprendre la signification. Comme le dit mon professeur, «vous devez attendre qu’ils vous le disent, sinon c’est comme cambrioler leur maison et les voler».

La relation entre l’enseignant et l’élève se produit sur une longue période et peut être un processus très puissant et transformateur. La chute de la popularité des classes et la formation en ligne d’enseignants peuvent laisser les élèves ouverts et vulnérables à l’expérience de choses qu’ils ne peuvent ni comprendre ni digérer. Ils peuvent laisser la classe se sentir inexpérimenté ou exposée sans aucun soutien de la part de l’enseignant.

Nous n’enseignons pas un simple exercice de yoga. Tout en changeant notre posture et notre rythme respiratoire, nous explorons des barrières psychologiques profondes avec une activité intense. Apprendre à céder intervient ici. Nous ne cherchons pas à nous débarrasser de quoi que ce soit, nous recherchons une fusion, une acceptation de soi et une connexion avec le Divin.

Et si nous pouvions rencontrer notre créateur dans une position neutre ? Personne n’apprécie que sa porte soit forcée ou ouverte. Le Suprême ne pourra pas non plus entendre si l’on frappe trop fort. Que se passe-t-il si nous cherchons à fusionner en Esprit sans effort et sans entrave ? Cela exigerait des efforts aussi bien que de l’humilité. Une résilience.

Cela créerait-il une vie sans encombrements ou accidents ? C’est peu probable, mais cela nous permettrait peut-être de céder à ces événements avec moins de souffrance et moins de «mini-moi». Le yoga a peu à voir avec l’aptitude à l’asana, tout contorsionniste peut y arriver. Le yoga a plus à voir avec jusqu’à quel point nous pouvons nous mettre à nu, les verrues et tout le reste. Comment nous pouvons évaluer les identifications et les attachements aux histoires qui nous ont façonnés et qui ont construits qui nous pensons être. Comme l’a dit Leonard Cohen, «the less of me there was, the happier I became».

Pour atteindre les exigences du yoga, nous cédons à une plus grande force, celle qui guide sans essayer de contrôler ou sans renoncer, sans avoir besoin d’être supérieure ou inférieur. L’Esprit nous a déjà jugés dignes d’existence, nous avons juste besoin de nous écarter et de répondre de manière appropriée au flux chaotique organisé.

Portrait de Radhasri (Rhonda Fogel)

Radhasri (Rhonda Fogel) enseigne le yoga au Canada depuis 1998 et est la fondatrice de Hatha Yoga Shala basée à Montréal. Elle est professeur de yoga Shadow autorisé depuis 2005. Elle peut être trouvée sur Medium, ainsi que surFacebook , Instagram ou sur son site Web .

Gao Yuan

Entretien avec le compositeur de l’orchestre symphonique de Shen Yun

Au siège de Shen Yun Performing Arts à New York, les sons de répétitions sont diffusés 24 heures sur 24 dans tous les studios. Les musiciens de Shen Yun sont particulièrement occupés. En plus de se préparer à accompagner la production de danse de 2019, ils perfectionnent leur collaboration pour la saison d’automne de l’orchestre symphonique.

Cela n’a pas été facile, mais nous avons réussi à retrouver l’un de nos compositeurs les plus occupés, Gao Yuan, pour nous donner un aperçu unique des attentes du concert de cette année.

Q: Pouvez-vous expliquer en quoi notre orchestre symphonique est différent de notre autre production annuelle ? 

GY: Dans la performance régulière de Shen Yun, la danse occupe une place centrale et la musique est un accompagnement. Pour la tournée de concerts, nous combinons les orchestres de tournée de Shen Yun dans un orchestre symphonique complet. Notre musique est à l’honneur et nous mettons tout en œuvre pour créer l’expérience musicale la plus magnifique possible.

Les sélections originales du programme sont tirées des pièces préférées de nos spectacles de danse. Nous les réorganisons ensuite pour notre orchestre symphonique complet. Les mélodies que vous entendez dans ces compositions ont été inspirées par des airs folkloriques et ethniques anciens transmis à travers les âges.

Les instruments chinois que vous verrez au centre de l’orchestre jouent la mélodie sur fond d’orchestre complet. Vous entendrez donc la splendeur de la symphonie occidentale et l’intrusion ethnique unique des instruments traditionnels chinois. L’astuce consiste à les amener à jouer en toute harmonie.

Cette idée d’utiliser un arrangement orchestral occidental pour présenter les 5 000 ans de culture et de musique de la Chine est nouvelle et n’a jamais été réalisée auparavant. Et nous explorons une gamme de dynasties et de groupes ethniques distincts en Chine. Donc, vous allez vivre une production interculturelle vivante.

Divertissement nocturne chez Han Xizai

Les jeunes filles jouent de la flûte pour le ministre Han Xizai dans ce tableau du Xe siècle intitulé Divertissement nocturne chez Han Xizai

GY: À partir d’instruments trouvés lors de fouilles archéologiques, nous savons que la musique chinoise remonte à plus de 9 000 ans. Au fil du temps, quatre genres se sont développés: la musique populaire, la musique de lettré, la musique religieuse et la musique de cour.

Pendant la dynastie des Han (206 AEC – 220 EC), la cour fonda le Bureau de la musique impériale (乐府 yuèfǔ ) , qui se charga de l’éducation musicale et de la collecte de musique populaire et de poèmes anciens. Les échanges culturels avec l’Asie occidentale ont également introduit de nouveaux instruments pour les Han. Cela conduisit à encore plus de progrès dans la musique chinoise.

Puis, pendant la dynastie des Tang, l’empereur Xuanzong (règne 712-756), lui-même un musicien de talent,  supervisa personnellement la création de l’académie de musique impériale du Jardin des poires (  梨園  Líyuán ) . Les institutions qu’il a créées ont formé des interprètes professionnels et ont énormément contribué au développement de la musique chinoise.

Caractères chinois pour musique et médecine rn style sigillaire

Le sinogramme pour la médecine trouve son origine dans celui de la musique.

藥 yào
médicament, remède, empoisonner
樂 yuè
musique

Q: Il y a une vieille croyance, revisitée maintenant, que la musique a le pouvoir de guérir. D’où vient cette idée et comment cela s’applique-t-elle à la musique traditionnelle chinoise ?

GY: Nos ancêtres croyaient que la musique avait le pouvoir d’harmoniser l’âme d’une personne d’une manière que la médecine ne pouvait le faire. Dans la Chine ancienne, l’un des premiers objectifs de la musique était la guérison. Le mot chinois, ou caractère, pour la médecine vient en fait du personnage de la musique.

Au temps du Grand Empereur Jaune (2698 – 2598 AEC), a été découvert la relation entre l’échelle pentatonique, les cinq éléments, et les cinq organes internes et les cinq sens du corps humain. À l’époque de Confucius, les chercheurs ont utilisé les propriétés apaisantes de la musique pour améliorer et renforcer le caractère et la conduite des gens.

Aujourd’hui, la recherche scientifique a également validé la capacité thérapeutique de la musique à abaisser la pression artérielle, à réduire l’anxiété, à augmenter la concentration, à stabiliser le rythme cardiaque et plus encore.

Photographies d'un carillon, d'un pipa et d'un erhu à deux cordes

De gauche à droite: le carillon, le pipa et l’erhu à deux cordes.

Q: L’un des aspects les plus uniques de la musique de Shen Yun est qu’il utilise des instruments chinois et occidentaux. Quels instruments chinois peut-on s’attendre à voir sur scène avec l’Orchestre symphonique ?

GY: Notre orchestre comprend des instruments chinois cintrés et pincés, ainsi que de nombreux instruments à percussion chinois.

  • Le 二胡 èrhú, parfois appelé violon chinois, est un instrument avec seulement deux cordes. Mais même s’il ne comporte que deux cordes, il peut produire les sons les plus riches et les plus sombres.
  • Le  琵琶 pípa, également connu sous le nom de luth chinois, était un instrument privilégié dans la cour du palais impérial.
  • Notre section de percussion comprend également une gamme de cymbales chinoises, tambours chinois, 碰铃 pènglíng, bols carillon, et des gongs.

Ces instruments historiques ont joué des rôles essentiels dans la musique chinoise pendant des milliers d’années. Ils sont très représentatifs de la culture traditionnelle chinoise, de ses coutumes et de son esprit.

Q: Quels sont les défis auxquels les compositeurs et les musiciens doivent faire face pour créer cette performance ? 

GY: Les compositions étaient toutes à l’origine un accompagnement de danse, aussi au moment d’écrire ces morceaux, notre travail en tant que compositeur était de collaborer au mieux avec les chorégraphes. Nous avons fait de notre mieux pour que leurs visions deviennent une réalité. Notre travail n’a pas été achevé tant que la musique n’a pas satisfait tous les détails de la danse, et cela allait parfois bien au-delà des répétitions. Pour ce concert, nous avons dû réviser les pièces pour les adapter à une performance d’orchestre symphonique dans laquelle toutes les images seront peintes uniquement à travers la musique.

Q: Qu’espérez-vous que notre public retire du concert?

GY: J’espère qu’ils seront inspirés. Transportés par de belles mélodies, par l’énergie de la performance, par la culture ancienne de la Chine et par un nouveau développement de la musique classique.

Source : Interview with Shen Yun Symphony Orchestra Composer Gao Yuan – Shen Yun Performing Arts

L’écriture du monde

Extrait

Les pins de Cassiodore

Il n’est pas facile de choisir une route, ou plutôt de l’accepter, quand on sait que ce sera la dernière. Jésus lui-même, à Gethsémani, a gémi et supplié, « au moment d’entrer librement dans sa Passion ». Parvenu à la vieillesse, Cassiodore ne laissait pourtant rien derrière lui qu’il regrettât vraiment. L’aisance matérielle, il en avait toujours joui sans y prêter attention : on ne s’émerveille guère de l’air qu’on respire ou de l’eau qu’on boit. Les contentements du pouvoir ? Il les avait trouvés, comme la richesse, offerts dans sa corbeille, il avait vécu salué par des huissiers, des gardes et des secrétaires. Des plaisirs de la chair, il s’était octroyé ce qui paraissait, dans son monde, nor-mal et raisonnable ; quelques souvenirs de corps peu vêtus lui offrant, parmi la musique et les rires d’un banquet, des séductions plus ou moins faciles ou retorses, se présentaient à sa mémoire sans le troubler. Certains de ses amis de jeunesse avaient goûté la luxure jusqu’au raffolement ; cela les avait toujours enlaidis à la fin. L’homme de qualité était en droit de cueillir de tels fruits au passage, mais il ne devait pas s’en goinfrer. Le mariage ? Dieu n’avait pas voulu que son épouse digne et douce lui donnât une descendance avant de mourir jeune.

Tout cela, éloigné maintenant par tant d’années, ne tourmentait plus son cœur au moment de s’avancer sur le dernier chemin ; le géhennait seu-lement que ce fût le dernier. Devant cet horizon-là, tout homme se cabre. S’abîmer en Dieu comme la rivière dans la mer devrait constituer une pro-messe, une espérance, une joie. L’âme, hélas, aime sa prison terrestre… (Mais y croyais-tu vrai-ment, Magnus Aurelius, à cette âme immortelle ? Y croyais-tu vraiment ?)

Sa meilleure auxiliaire, à présent, était en fin de compte la fatigue. Il avait soupiré devant les premiers maux de l’âge. Il lui fallait affronter un corps qui de jour en jour donnait les signes de sa dégradation : les yeux qui voient moins bien, le souffle plus court, les dents qui manquent à la bouche, une douleur persistante au genou depuis une chute sur les pavés de la rue ; l’affaissement des viscères, l’abdomen comme une outre usée, veinée de bleu. Jamais il n’avait accordé d’importance à la splendeur corporelle, à l’idéal du gymnaste. Du moins ce corps avait-il été docile et muet. Il ne l’était plus, il interposait désormais de misérables et têtus obstacles entre le vouloir et l’agir.

Puis il avait découvert la secrète vertu de ces humiliations : l’homme devenu plus lent écartait ce qui n’était pas essentiel, dans le même temps que tout se détournait de lui. Longtemps, trop longtemps sans doute, il avait conservé le réflexe d’imaginer dans l’avenir un autre soi-même, dif-férent, accompli, magnifié, comme s’il se sen-tait éternellement un jeune homme, un être en formation, comme s’il croyait intarissable à son désir la fontaine des saisons et des jours. C’était prolonger plus que de raison le propos de l’enfant qui explique ce qu’il fera quand viendra l’âge d’homme. De cette illusion d’aurore perpétuelle, il n’avait que trop tardé à se départir, pour admettre enfin que le temps nous sculpte un visage de pierre grise, et que Dieu seul, au moment qu’il voudra, accomplira l’ultime métamorphose.

Elle reflétait pourtant, cette illusion, comme dans le flou des miroirs dont parle l’apôtre Paul, une énigme réelle. La permanence du sentir, la mémoire et l’entendement nous font savoir que nous sommes le même ; les êtres qui nous entourent nous le confirment, ils nous appellent par notre nom, ils ont une idée de ce qu’ils croient être notre caractère, nos penchants ; mais quand nous regardons nous-même qui nous fûmes en tel ou tel moment, parfois nous nous reconnais-sons mal, d’autres fois nous hésitons à le croire, ou bien nous avons honte, nous nous sentons trahi par quelque obscur démon en nous. Une cohorte de Magnus Aurelius s’avançait ainsi au long du temps, différents et pareils.

Pour l’heure, n’existaient que les longueurs du voyage, le pas des chevaux, le balancement de l e la litière, l’ennuyeuse patience des étapes.

Il ne disait pas seulement adieu au temps personnel de sa vie, ce modeste apanage où s’inscrivent nos joies, nos affections, nos drames, nos rires et nos regrets. Il prenait congé aussi d’une forme collective du temps, dans laquelle s’étaient exercés ses décisions et ses vouloirs, mêlés aux vouloirs et aux décisions de bien d’autres. Fallait-il l’appeler le temps politique ? Le temps de l’époque ? Oui – quelque chose comme ça. Désormais, Cassiodore n’entendait plus se préoccuper des événements de Constantinople ou de Rome, de Ravenne ou des Gaules ; il ne paraîtrait plus sur ce grand théâtre encombré de mouvements et de clameurs. Il lui semblait avoir compris que, si quelque chose devait jamais naître ou renaître de ce tohu-bohu, ce n’était pas à vue d’homme, de la sienne en tout cas. Vient un moment inévitable où, si l’on agit, travaille, désire et entreprend encore, ce n’est plus pour soi, mais pour ceux qui viendront, qui vivront à leur tour quand on n’y sera plus. Moment terrible où dans l’attente d’affronter sa mort physique, un homme doit en quelque façon mourir à soi-même. Son temps restreint, les quelques aurores qui lui seraient encore versées par un invisible échanson, il allait les donner, comme un impôt ou une obole, à une durée moins visible et plus vaste que celle des pouvoirs et des guerres, des passions privées ou publiques.

Car en fin de compte, songeait-il, il y a bien trois rythmes du temps : celui d’un homme, celui de la cité, celui de Dieu, qui sont comme les trois cordes d’un instrument de musique, et peuvent s’harmoniser ou dissoner. Son temps d’homme ne durerait plus. Le temps de la cité n’offrait désormais que des formes d’ordre précaires, compromises de toutes parts. Quant au temps de Dieu, d’une étendue incommensurable à la conscience humaine, il lui apparaissait empli d’un avenir qu’il se représentait indistinct, grisâtre, insondable, comme, au soir, l’horizon marin de sa Calabre.

Mais souvent lui venait la pensée que cet avenir comportait une infinité de possibles, et que chaque entreprise humaine, si minime fût-elle, pouvait en modifier les aléas. r Ce qu’il lui restait à accomplir était de cette sorte.

  • L’écriture du monde
  • Auteur :  François Taillandier 
  • Editeur : Stock
  • Collection : Hors collection littérature française

Présentation

VIe siècle de notre ère. L’empire romain d’Occident s’est effondré, laissant place aux instables royaumes « barbares ». Constantinople cependant ne renonce pas à l’espoir de reprendre les territoires perdus. Au cœur de cette époque troublée, déchirée par les dissensions religieuses, deux figures historiques vont tenter de frayer les voies d’une société nouvelle.
Cassiodore, romain de vieille souche, intellectuel et homme d’État passé au service du roi ostrogoth Théodoric, nouveau maître de l’Italie, impulse une politique de paix, de tolérance et de fusion des populations. Ses projets anéantis par la tyrannie et la guerre, il se retire du monde pour fonder un monastère, le Vivarium, voué à la préservation de la culture ancienne, profane ou sacrée.
Théolinda, jeune princesse germanique promise à un roi franc, s’enfuit à seize ans pour l’Italie du nord, où elle s’offre au roi des Lombards, Autharis. Elle va se révéler une reine énergique, audacieuse, et jouer un rôle politique décisif, s’efforçant de stabiliser la conquête lombarde dans une alliance secrète avec le pape Grégoire le Grand.
C’est aussi une période inventive et foisonnante. Justinien à Constantinople fait édifier Sainte-Sophie, Clovis implante dans les Gaules la dynastie franque, Benoît de Nursie organise la vie monastique occidentale. Un moine nommé Denys établit le calendrier à partir de la naissance du Christ…

Ces temps obscurs et pourtant fondateurs sont retracés dans un tableau romanesque passionnant qui vient éclairer ce que nous apprend l’histoire.

François Taillandier

Portrait de François Taillandier

Romancier, François Taillandier est notamment l’auteur d’Anielka (Grand Prix du roman de l’Académie française) et d’une suite en cinq volumes, La Grande Intrigue. Il fait ici revivre les lointaines origines de notre civilisation européenne moderne, au fil d’un récit salué par la presse comme une exceptionnelle réussite dans le domaine du roman historique.

Michael Cherney

秋麦艺术

Qiū Mài yìshù

Le travail de Qiu Mai, photographe, calligraphe et artiste du livre,  se fait avec la grande sophistication qui puise dans les subtilités des traditions les plus savantes et ésotériques de la Chine. Basé à Pékin, ses œuvres ont été collectées par le département d’art asiatique du Metropolitan Museum of Art (les premiers travaux photographiques à entrer dans la collection), l’art de Qiu Mai est moins provocateur qu’intellectuel, méditatif , et souvent simplement beau.

Ce qui est provocateur, c’est son identité: Qiu Mai est le nom chinois de Michael Cherney, né à New York de parents juifs. Le travail de Cherney démontre ce que peut être la mondialisation artistique: si les artistes asiatiques peuvent si facilement venir à l’Ouest, alors qu’est-ce qui empêche un grand nombre de futurs artistes occidentaux de devenir asiatiques ?

Les œuvres peuvent être trouvées dans la collection permanente des institutions suivantes:

  • Le Metropolitan Museum of Art
  • Cleveland Museum of Art
  • Getty Research Institute
  • Peabody Essex Museum
  • PY et Kinmay W. Tang Centre pour l’ Asie orientale Art, Université de Princeton
  • Université Princeton Art Museum
  • Arthur M. Sackler Musée, Musées d’ art de l’ Université de Harvard
  • Musée de Santa Barbara d’Art
  • Berkeley Art Museum / Pacific Film Archive
  • Yale University Art Gallery
  • Middlebury College Museum of Art
  • Wellin Museum of Art, Hamilton College
  • Mandeville Collections spéciales Bibliothèque, Université de Californie à San Diego
  • County Museum Los Angeles Art
Médiagraphie

 

La nature, trésor inépuisable des couleurs et des sons, des formes et des rythmes, modèle inégalé de développement total et de variation perpétuelle, la nature est la suprême ressource.
– Olivier Messiaen

Portrait de Frederic Lenoir, Pano

Du Bonheur, un voyage philosophique

Extrait

Parce qu’il est fugace, parce qu’il a sans cesse besoin d’être nourri, parce qu’il est moralement indéfini, le plaisir ne peut être le seul guide d’une vie. Nous avons sans doute déjà fait l’expérience que la recherche exclusive de plaisirs faciles et immédiats nous apporte des désillusions, que la poursuite du divertissement et des plaisirs sensoriels ne nous dispense jamais une pleine et entière satisfaction. C’est pourquoi des philosophes de l’Antiquité — tel Speusippe, neveu et successeur de Platon à l’Académie — ont condamné la recherche du plaisir, et certains cyniques pensaient que le seul remède à la souffrance était de fuir tout plaisir : puisque ce dernier peut nous égarer et nous rendre malheureux, évitons de suivre notre inclination naturelle et de le rechercher à tout prix.

Aristote réfute de manière radicale une telle conception en commençant par souligner que seuls les plaisirs sensoriels sont visés par cette critique « Les plaisirs corporels ont accaparé l’héritage du nom de plaisir, parce que c’est vers eux que nous dirigeons le plus fréquemment notre course et qu’ils sont le partage de tout le monde ; et ainsi, du fait qu’ils sont les seuls qui nous soient familiers, nous croyons que ce sont les seuls qui existent. » Or il est bien d’autres plaisirs que ceux du corps : l’amour et l’amitié, la connaissance, la contemplation, le fait de se montrer juste et compatissant, etc. Reprenant l’adage d’Héraclite selon lequel « un âne préférera la paille à l’or », Aristote rappelle que le plaisir est fonction de la nature de chacun, et il est conduit à s’interroger sur la spécificité de la nature humaine. L’être humain est le seul être vivant doté d’un «nos, mot grec que l’on traduit généralement par « intellect », mais que je traduirai plutôt par « esprit », car il signifie pour Aristote non pas simplement l’intelligence ou la raison au sens moderne du terme, mais le principe divin qui se trouve en tout être humain. Aristote en conclut que le plus grand plaisir, pour l’homme, réside donc dans l’expérience de la contemplation, source du bonheur le plus parfait : « Puisque l’esprit est un attribut divin, une existence conforme à l’esprit sera, par rapport à la vie humaine, véritablement divine. Il ne faut donc pas écouter ceux qui conseillent à l’homme, sous prétexte qu’il est homme, de ne songer qu’aux choses humaines, et, sous prétexte qu’il est mortel, de se borner aux choses mortelles. Faisons au contraire tout notre possible pour nous rendre immortels et pour vivre conformément à la partie la plus excellente de nous-mêmes, car le principe divin, si faible qu’il soit par ses dimensions, l’emporte de beaucoup sur tout autre chose par sa puissance et sa valeur. […] Le propre de l’homme, c’est donc la vie de l’esprit, puisque l’esprit constitue essentiellement l’homme. Une telle vie est également parfaitement heureuse. »



Présentation

Qu’entendons-nous par « bonheur » ? Dépend-il de nos gènes, de la chance, de notre sensibilité ? Est-ce un état durable ou une suite de plaisirs fugaces ? N’est-il que subjectif ? Faut-il le rechercher ? Peut-on le cultiver ? Souffrance et bonheur peuvent-ils coexister ? Pour tenter de répondre à ces questions, Frédéric Lenoir propose un voyage philosophique, joyeux et plein de saveurs. Une promenade stimulante en compagnie des grands sages d’Orient et d’Occident, où l’on traversera le jardin des plaisirs avec Épicure, où l’on entendra raisonner le rire de Montaigne et de Tchouang-tseu, croisera le sourire paisible du Bouddha et d’Épictète, où l’on goûtera à la joie de Spinoza et d’Etty Hillesum. Un cheminement vivant, revigorant, ponctué d’exemples concrets et des dernières découvertes des neurosciences, pour nous aider à vivre mieux et apprendre à être heureux.

Frédéric Lenoir

Philosophe, sociologue et historien des religions. Docteur et chercheur associé de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

Cofondateur avec Martine Roussel-Adam de la Fondation SEVE, Savoir Être et Vivre Ensemble (sous l’égide de la Fondation de France), dont la mission principale est de former des animateurs et des formateurs d’ateliers de philosophie et de méditation dans les écoles. En mai 2017, il crée l’association Ensemble pour les Animaux qui vise à réfléchir sur la relation entre l’homme et l’animal et à défendre, en lien avec d’autres associations, des grandes causes sur la condition animale.

Ecrivain. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages (essais, romans, contes, encyclopédies), traduits dans une vingtaine de langues et vendus à six millions d’exemplaires dans le monde, il écrit aussi pour le théâtre, le cinéma et la bande dessinée. Ses récents ouvrages, Socrate, Jésus, Bouddha, Petit traité de vie intérieure, L’Âme du monde, La Guérison du monde ont été en tête des listes de best-sellers.

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